lundi 12 mars 2012

Photos du voyage dans le sud

Bus Touristique

Les taxis jaunes de Ngaoundéré, proche de ceux de Yaoundé


Cocotier dans le Sud

Route dans le Sud






Pour rappel des images du nord

dimanche 11 mars 2012

Mon voyage dans le sud.


Voici bien des jours que je n’ai pas écrit dans ce blog. La raison est que j’ai été beaucoup occupé.

Comme l’annonce le titre de cet article j’ai passé une semaine dans le sud du pays, puis en revenant dans le nord, ma famille est venue me rendre de visite et comme le temps passe vite, nous voici déjà mi-mars quasiment.

Cet article est donc consacré à mon expédition dans le sud. Pour nous blancs et européen, habitué à nos réseaux de transports, je vous assure que voyager dans le pays est une réelle expédition.

La première partie de mon voyage a consisté à rejoindre Yaoundé (la capitale), voyage qui prend deux jours. Yaoundé est dans la région centre du pays (cf la carte à la fin). Pour rejoindre Yaoundé à partir de Tokombéré, il faut commencer par rejoindre Maroua, jusque là rien de difficile. Une fois à Maroua c’est là que l’aventure commence pour nous les blancs, tout en ayant conscience que pour les gens ici c’est la routine. A Maroua donc il faut prendre un car des compagnies de transport (compagnies privées), pour ma part se fut « Touristique », qui comme son nom ne l’indique pas, consacre son activité au transport de voyageurs entre les villes du Cameroun, surtout du nord si je ne trompe pas.
On prend donc un car et c’est partie pour rejoindre Ngaoundéré, ville chef-lieu de l’Adamaoua (cf carte), où se trouve la gare. A ce qui me concerne, je voyageais avec un ami, dont la famille réside à Garoua : chef-lieu de la région du nord à mi distance entre Maroua et Ngaoundéré ; nous avons donc fait une pause dans notre chemin pour Ngaoundéré. Ainsi les 8h de car prévus entre Maroua et Garoua se sont transformées en deux fois 3h45. Ce qui était fort appréciable, car 3h45 assis sur des sièges en sky dans une chaleur caniculaire, pour le française que je suis s’était un peu pénible, mais c’est ça aussi l’adaptation !

Pourquoi rejoindre spécialement Ngaoundéré me direz-vous ? Car c’est dans cette ville, que nous prenons le train de nuit pour arriver au petit matin à Yaoundé. Je n’ai pas fait de photos, car il y beaucoup de monde et donc beaucoup de risque de vol.
Le train c’est une autre aventure, l’ami avec qui je voyageais voulait me faire découvrir le vrai Cameroun, nous avons donc voyagé en seconde classe. Avant de vous raconter le voyage en train, il faut que je vous explique l’organisation des transports ferroviaires.

La voie Ngaoundéré-Yaoundé est desservie par deux trains de nuit. L’un part à 18h de Ngaoundéré et le second à la même heure de Yaoundé. Il y a seulement une voie sur cette ligne, donc vers 1h du matin le train s’arrête à Belabo, une ville au milieu du trajet, où la gare compte deux voies. A Belabo le premier des deux trains attend le second, quand j’ai voyagé, mon train était le premier, nous avons donc attendu celui de Yaoundé. C’est à cet endroit que se fait le croisement des deux trains. Chacun arrive à sa destination vers 8h du matin. Ainsi le trajet fait en tout 14h. En plus de Belabo, le train s’arrête dans une quinzaine de gares tout au long du trajet, ce qui explique également le temps de transport.
 Le train est organisé en trois classes : les wagons couchettes à 27 000 CFA, la première classe à 17 000 CFA et la seconde à 10 000 CFA. Quelque soit la classe, chacun à un siège qui lui est attribué.
Voici le récit de mon voyage dans le train. La seconde classe, qui est la seule que j’ai vue, m’a fait penser aux anciens trains de banlieue, que je prenais petite avec ma grand-mère de Rambouillet, quand nous nous rendions à Paris. Les sièges sont en sky, couleurs marron-orange, mais ils sont en bon état, pas de trou, pas dévissé du sol. Ils sont placés par quatre (deux fois deux en vis-à-vis). Ainsi pour trajet de nuit où on espère dormir ce n’est pas du plus confortable. Il y a une allée centrale avec des sièges de part et d’autre. Des porteurs à la gare vous aident à ranger vos bagages dans les emplacements au-dessus de vos sièges, en échange d’un billet de 1000 CFA.
Jusque là rien de trop dépaysant, sauf peut-être le manque de confort, mais pour moi ce n’est qu’un détail. C’est ce que je vais vous raconter maintenant qui fait toute la différence. Dans le train en plus des voyageurs, beaucoup de personnes circulent. En premier lieu, les vendeurs ambulants, qui vous vendent tout et n’importe quoi : cela va des mots croisée, aux médicaments pour soigner l’impuissance, en passant par le porte carte, le code de la route, le code pénal, sans oublier les boissons et autres friandises. Et cela quasiment toute la nuit, au petit matin ils sortent de leurs poches le dentifrice qui vous rendra les dents plus blanches et soignera vos gingivites.
Régulièrement dans la nuit (pour moi se fut environ trois fois), le contrôleur vérifie les billets. En plus du contrôleur qui n’est pas très surprenant pour nous, la police fait des contrôles d’identité, les agents des eaux et forêts vérifient les sacs à la recherche de viande de brousse, issu du braconnage.
Au début du voyage, l’ami avec qui j’étais, a acheté un gros sac à provision à un vendeur ambulant. Sans rien lui dire, j’ai pensé très fortement que cette démarche était inutile puisque nous pourrions très certainement trouver ce genre de sac à Yaoundé. Ce n’est que lors de notre premier arrêt que j’ai compris. A chaque gare dans laquelle nous nous arrêtions, des dizaines de vendeurs, spécialement des mamas, venaient vendre leurs produits à travers les fenêtres du train. Ainsi nous pouvions entendre  crier : manioc, bananes, ananas, pistache. C’est en particulier à Belabo, que les sacs à provisions se sont remplis : des bananes et des ananas à foison.

Avec tout ça vous pouvez imaginer que mon voyage ne fut pas très reposant, mais tellement en contact avec la vie des camerounais, que j’en suis très heureuse. 

Nous sommes arrivés bien à l’heure à Yaoundé, où un petit crachin nous a accueilli et ma pensé fut « à oui c’est vrai qu’il y a des endroits dans le monde où il pleut », n’ayant pas vu une goutte de pluie depuis le 15 octobre dernier (ni un nuage d’ailleurs). En conséquence je n’avais que tongs et vêtements d’été, mais heureusement pour moi il n’a pas beaucoup plus. Je n’ai pas pris non plus de photos de Yaoundé, car c’est une ville où je me suis peu sentie en sécurité. C’est une grande ville africaine, comme on les imagine, ou comme on nous les montre dans les reportages sur l’Afrique. Les grands axes sont faits en goudron, mais on voit dans les quartiers des rues en terre battue, il y a beaucoup de circulation et des essaims de taxis jaunes, qui sont les transports en commun. En effet quand tu prends un taxi à Yaoundé, le taxi n’est pas pour toi seul, tu le partages avec divers personnes, la course est en générale de 100 CFA, tu décides du prix avant avec le chauffeur, il n’y a pas de compteur kilométrique comme chez nous.
C’est une ville avec beaucoup de mouvements et de bruits. A vrai dire je suis contente d’être dans un village et nous dans la capitale. Je n’ai pas trop apprécié Yaoundé, c’est une ville où je ne serais pas rassurée de me balader seule.

Le but de mon voyage était un week-end à Samgmélima, ville de la province du sud (près d’Ebolowa) où une rencontre avec d’autres volontaires de la DCC était organisée. J’étais contente de quitter Yaoundé, pour rejoindre le calme de la campagne. Ce séjour dans le sud m’a permis de réaliser ce que mes amis me disaient, à savoir que le Cameroun n’est pas un pays, mais bien plusieurs sous un même nom. Je comprends mieux pourquoi on me disait que les gens du sud ont du mal à s’adapter au nord.
La région du sud est visiblement plus riche qu’au nord. Là-bas pas de risque de famine, il y a des quantités et des quantités de fruits : ananas, bananes, noix de coco… Pas de problème de sécheresse,  l’air est très humide et il pleut très souvent. Les gens aussi sont différents, ils sont moins noirs que dans le nord, peut-être parce qu’il y a plus de nuages. Ils sont plus gros et ont les très moins fins. Les habitations aussi sont différentes.


 
Voilà un pays à plusieurs facettes et selon mes amis les régions de l’Ouest et de l’Est sont encore différentes, elles feront l’objet des autres voyages.

ps: pour le moment la connexion ne me permet de vous mettre des photos, ce sera pour un prochain article spécial photos.


jeudi 2 février 2012

Les journées sanitaires 2012


Pour commencer cet article (qui va être fort, en raison de l'importance de l’événement et de sa durée), il faut que je vous explique une organisation sanitaire très singulière que le Père Aurenche a mis en place l'année de son arrivée à Tokombéré.

Cette organisation je la résumerais sous le terme de « Soins de santé primaire ».
Quand le Père est arrivé à Tokombéré, il s'est vite aperçu que les patients venaient à l'hôpital dans des états avancés de leur maladie et que certaines d'entre elles aurait pu être évitées ou prévenues grâce à des gestes simples possible au village. De plus, le Père Aurenche comprend que les premiers agents de la santé ne sont pas les infirmiers et les médecins, mais l'homme lui-même, le père, la mère de famille, l'enfant. Que le lieu pour garantir une bonne santé n'est pas l'hôpital ou le dispensaire, mais le village.

Ainsi l'hôpital privé de Tokombéré devient le « Centre de Promotion de la Santé » et au-delà d'un changement c'est un changement de pratique auquel les infirmiers de l'hôpital doivent s'habituer. En effet le Père met en place des sorties dans les villages dès la fin de sa première année à Tokombéré, les infirmiers deviennent des agents itinérants.

Cette organisation perdure toujours aujourd'hui, chaque Jeudi l'hôpital se met en off -les services fonctionnent toujours- un certain nombre d'infirmier prennent la casquette d'agent itinérant et enfourchent leur moto, direction le village. Chaque agent itinérant à un secteur (c'est-à-dire qu'il va dans plusieurs villages qui sont proche les uns des autres), pour les grands secteurs, il peut y avoir deux agents itinérants.

Vous demanderez, mais peuvent-ils bien faire au village ?
Actuellement, le travail consiste surtout à de l'accompagnement, de la mise à jour de connaissances et comme on a vu en décembre il y assure des campagnes de vaccination ou informe sur les campagnes du gouvernement (comme la distribution de moustiquaires).
Quand ce projet a débuté, le travail des agents itinérants a été d'aider les villageois à créer des comité de santé, qui sont composé de d'habitants du village volontaires et choisit par le village pour assurer la PMI, la CPN, les conseils nutrition et les démonstrations de bouillies enrichies.
Chaque comité de santé comporte un bureau avec un président, un secrétaire...
Les familles viennent y inscrire les enfants pour la PMI et les femmes enceintes viennent s'inscrire auprès des responsables villageois qui font office de matrones.

Les activités :

Je vais vous décrire la PMI et la CPN, mais certainement il en existe d'autres que je ne connais pas encore, car je n'ai pas beaucoup eu l'occasion de sortir avec les agents itinérants.

La PMI  ou Protection Maternelle et Infantiles : certains d'entre vous connaisse la version française de cette abréviation, bien entendu ici rien à voir avec la France. LA PMI consiste avant à la prévention de la malnutrition. Les enfants du village inscrit à la PMI, doivent être pesé chaque mois et leur poids est reporté sur leur carnet de santé, où se trouve une courbe de poids. Ainsi les responsable villageois de la santé (RSV) chargés d e la PMI, peuvent dépister les enfants qui ne prennent pas poids et selon l'état la gravité de la perte de poids, soit les enfants sont envoyés à l'hôpital dans le service de pédiatrie pour malnutrition ou les RVS apprennent aux mères à faire de bouillies enrichies. Les aliments qui composent les bouillies enrichies : mils, arachides, sésames... sont gardé dans le grenier de l'enfant, dans lequel chaque famille ayant un ou plusieurs enfants inscrit à la PMI dépose des tasses de mils, d'arachides...

La CPN ou Consultation Prénatal, je vous en ai déjà parlé lors de l'article sur la maternité. Chaque femme enceinte s'inscrit auprès de la matrone de son village, qui va la suivre sur elle rentre dans les critères de physiologie ( la femme a déjà accouchée une fois, sans aucun problème, elle n'a jamais eu de césarienne ou de ventouse, elle n'a pas eu de déchirure ou d'épisiotomie, elle n'a jamais été malade pendant ses précédentes grossesses). La matrone va alors la suivre chaque, en remplissant consciencieusement le tampon qu'elle sera venue faire mettre sur le carnet de la femme à la maternité. La matrone (qui peut également être un homme), assurera l'ensemble suivi de la femme enceinte et fera l'accouchement.

De plus des animations sont faites par les RVS sur différents thèmes : sensibilisation à la vaccination, sensibilisation aux moustiquaires, sensibilisation aux dépistages précoces de certaines maladies, ce qui a permet éradiquer certaines maladies comme le tétanos néonatal, la rougeole ou la lèpres.

Les RVS sont choisit par le village pour leur sérieux et leur engagement, ils sont bénévoles, pour les remercier de leur travail pour le village, les mères du village viennent les aider aux champs en saison des pluies ou lors des récoltes. Les matrones reçoivent un morceaux de savon de la part de chaque femme qu'elles accouchent.

Après vous avoir raconté tous cela, vous allez dire et le lieu avec les journées sanitaires ?

Et bien les journées sanitaires sont le rassemblement pendant deux jours de tout les responsables villageois, afin de décider ensemble des prochaines priorités et actions qui seront menées pendant les deux années à venir.
En effet les journées sanitaires ont lieu tous les deux ans en alternance avec les journées de promotion humaine où les sujets sont plus divers que la santé.

Cette année le thème principale des journées est
« La responsabilité de chacun pour la santé au village »

Pour préparer les journées sanitaires, le conseil de l'hôpital a commencé d'organiser dès le mois de décembre, avec le choix du thème principal et des sous-thèmes.

Les journées ont débuté le jeudi 12 l'après-midi, avec seulement les membres du personnel.
Une réflexion a été menée sur le thème :
« Responsabilité au niveau de l'hôpital, au sein de mon service, dans mes activités au quotidien. »

Le personnel de l'hôpital était réparti en groupe comme suit :
    • Les permanents de service : équivalent des cadres de nos hôpitaux, sauf que eux travaillent au quotidien auprès des malades et font les soins.
    • La groupe hygiène
    • Le groupe santé publique : suivi des soins de santé primaire et des comité de santé.
    • Le groupe du service administratif.

J'étais chargé d'animer le groupe des permanents avec un autre infirmier qui n'est pas venu. Pourquoi j'étais chargé d'un groupe et de celui-ci en général ? Je me le demande encore.

Puis les journées proprement dites, ont commencé le vendredi matin à 9h heure officielle, à 10h-10h30 dans la réalité.

Environ 650 personnes sont attendues, je ne saurais dire combien elles sont exactement, je vous laisserais apprécier sur les photos.
Ces journées ont été ouvertes par un discours de l'adjointe du sous-préfet, puis suivi d'un discours du médecin-chef : le Père Aurenche. Ensuite l'animation a été assurée par le responsable administratif : Jacques NJIRO et le surveillant général et dentiste : Jean-Pierre ADOUKARA.

Le premier sous-thème de ce vendredi fut « La responsabilité de la famille dans la santé ». La coordination de ce sous-thème a été assurée par Sylvie MBATSARA (responsable de la nutrition à l'hôpital) et moi-même (et oui encore une fois, allez savoir pourquoi...).
Nous avions lors des semaines précédentes travaillées avec des villageoises engagées, car la spécigicité cette année est le témoignage. En effet ce sont les villageois qui prennent la parole cette année.

Ce premier sous-thème était réparti en trois points, chacun traité par une femme ou un couple du village :
  • la nutrtion, par une femme Chiga, a qui MBATSARA avait demandé d'intervenir et qui avait préparé directement avec elle.
  • La responsabilité familiale, appelée chez nous le planning familial : pour ce témoignage, c'est DAMZA qui est chargée du planning familial à la maternité qui a trouvé la femme et nous avons travaillé toutes les quatre pour préparer cette intervention.
  • La responsabilité du couple dans la santé de la famille, c'est couple de GODOBA qui a témoigné.
Ces présentations se sont très bien déroulées et ont eu un très bon retour des responsables villageois.

Après les présentations, chaque secteur se réunit pour discuter des thèmes abordés lors des témoignages.

L'après-midi le deuxième sous-thème « la responsabilité au niveau du village » est coordonnée par Pascal LITINI, un infirmier du dispensaire responsable des agents itinérants. Pour illustrer ce thème Pascal a fait intervenir des responsables du comité de santé de Gavalyam et un responsable du comité de vie de Yamagoulé. Leur intervention sont très intéressantes, avec un historique de leur comité et une description de leur organisation. Comme précédemment ces deux présentations sont suivie de concertation entre les villageois.

Le dernier thème est abordé le samedi matin, à la suite de la lecture des synthèses des concertations de la veille.
Le dernier thème est «  La responsabilité des agents itinérants », c'est le Dr ADOUKARA, qui a lu un texte qu'il avait préparé entre autre à partir des synthèses de la veille.

Les journées sanitaires se sont terminées par des flash info sur le SIDA, sur grossesse et hépatite B et sur les nouvelles réformes de l'hôpital.

Pour clore ces journées les médecin-chef a fait discours, avant que tous se retrouvent pour un verre (ou plutôt un calebasse) de l'amitié de bil-bil biensûr ( bil-bil = bière de mil).

Ce fut de bonnes journées bien remplies surtout pour les organisateurs.

Pour le plaisir des yeux:









Le français camerounais

Un peu de linguistique,

Je vous ai déjà parlé du fulfuldé (dont un article va bientôt être édité ici), mais les deux langues officielles du Cameroun sont le français et l'anglais, comme vous le savez.

Comme dans tout pays francophone, le français ne ressemble pas à celui que nous connaissons habituellement chez nous, même si chez nous il diverge selon les régions ( est ce exactement le même français entre Lille et Marseille en passant pas Toulouse ou Paris ?).

Pour le Cameroun c'est la même chose et quand on arrive ici il faut également apprendre les expressions et savoir les interpréter. Au bout d'un certains temps, les traductions ne sont plus utiles et ces expressions deviennent les nôtres. Ainsi quand je skype avec certains d'entre vous, vous pourrez constater qu'elles font parties de mon langage.

Voici quelques exemples, pour ceux qui viendront me rendre visite, voilà un avant goût.

  • C'est comment ?: Comment vas-tu ? Ou ça va ?
  • L'année surpassée : il y a deux ans
  • Mon grand : mon grand frère
  • Sa petite : sa petite amie
  • C'est gâté : c'est cassé, pourri, hors d'usage
  • Je vais préparer : je vais faire la cuisine
  • Même moi : moi aussi
  • Je suis dépassé : je ne comprend pas
  • Tu connais conduire ?: Est-ce que tu sais conduire ?
  • Il est arrivé depuis... : il est arrivé depuis longtemps
  • En 1900 Wouaiiiii : il y a longtemps (expression surtout utilisée par une de mes amies)
  • ça me laisse à 37 : ça me fait ni chaud, ni froid
  • Il m'a frappé : le prix de cet article était cher (idée que ici tout se négocie)
  • Elle est grosse ou elle est devenue grosse : elle est enceinte/ elle est tombée enceinte
  • Elle est grasse : c'est une femme bien en chaire (ce n'est pas forcément péjoratif)

Répondre à une question par une autre question :
Adèle est ce que tu es allée rendre visite à untel ?
Réponse : Est-ce que j'ai même une moto pour y aller ?

Autres particularités : le oui qui veut dire non. Ils ont très difficiles à reconnaître quand on n'est pas habitué ou quand on s'attend à une réponse franche.
Moussa est-ce qu'on peut aller à Maroua ce week-end ? Oui, si Dieu nous prête vie jusque-là.

Je ne voudrais pas que le vous considériez cette façon de parler comme du mauvais parlé français, il s'agit juste de variation de la langue, comme on le retrouve dans nos différentes régions de France ou même dans d'autres pays francophone, comme le Québec.

samedi 14 janvier 2012

Les fêtes à Tokombéré.




Comme tout est nouveau dans ma vie depuis 3 mois, il est naturel que Noël et le nouvel an soit une nouvelle expérience également.

Je vais donc raconter comment se sont déroulés noël et le nouvel an pour moi, il ne faut pas le généralisé à l'ensemble de la population, car vous allez le voir j'ai très peu été dans les familles.

Noël : c'est une fête exclusivement chrétienne, ainsi à la différence de la France ce n'est fêté que par une partie de la population, car comme vous l'aurez compris les musulmans ne fêtent pas Noël. Ce qui a pour conséquence que l'ambiance de Noël se ressent, mais de façon plus atténuée qu'en France. Ici pas de décoration dans les rues, ni dans les maisons. Seules les personnes les plus riches achètent des sapins en plastique qu'ils décorent et mettent quelques décorations dans leur salon. J'ai commencé à sentir que Noël approchait environ une semaine avant, car les enfants ont débuté leur congés, donc finit les cris le midi à la sortie des classes, finit les collégiens en uniforme, qui vont à Baba Simon ou au Lycée à vélo ou à pied. Nous entendions dans le village des tambours, des chants à la tombée de la nuit et les enfants de chœur, qui répétaient à l'aire de prière. Les gens autour de moi (à dominante catholique puisque je travaille dans un hôpital catholique), commençaient à parler de la fête et des préparatifs, les femmes discutaient des nouveaux pagnes qu'elles voulaient que leur mari leur achètent, les parents commençaient à réfléchir pour acheter de la viande pour les enfants.

De mon côté, je n'avais pas grand chose de prévu, jusqu'à ce que Kaïda m'annonce qu'il ne rentrait pas dans sa famille pour noël, qu'il resterait donc à Tokombéré. Nous avons ainsi décidé de fêter noël ensemble et d'y inviter nos amis. Nous avons donc imaginé un repas de fête. Kaïda m'avait proposé que nous fassions un repas à la française, mais après lui avoir décrit nos repas de noël (saumon fumé, foie gras, dinde, marrons, bûche...) nous nous sommes rabattus sur l'option africaine. Ainsi le jeudi avant noël nous avons passé l'après-midi avec Mariame et Kaïda à sillonner les rues de Maroua en vue de faire nos courses de noël. Au menu : Igname, Bananes plantins, Poissons, Sauces à la viande , Salade composée, pomme de terre fris. Nous avions prévu d'être six, au plus fort de la soirée nous étions peut-être 15, c'est ça ici, on sait à combien on commence, on ne sait pas à combien on finit.
Ce fut une soirée très agréable, avec beaucoup de rires comme toujours ici.
Pour ceux qui ce le demande, il n'est pas habituel d'offrir des cadeaux, donc un repas convivial avec les amis.
Le lendemain, nous (les deux médecins, l'un des internes et moi) étions invités à déjeuner chez le médecin du district, un beau repas partagé, dont les discussions tournaient beaucoup autour de la politique camerounaise et internationale, comme très souvent dans les rencontres entre amis ici.

Une semaine après, arrivait le nouvel an, pour ma part j'étais un peu fatigué des 5h de préparation culinaire, qu'avait demandé le repas de noël, j'avais donc envi d'un simple repas tranquille. Ainsi nous avons fait des patates douces à l'eau, des spaghettis et une sauce à la tomate pour accompagner le tout. Nous étions 5 convives : les deux médecins, les deux internes et moi. Passé 22h nous n'avons pas grand chose à faire et alors que nous étions dans la maison d'accueil à regarder la soirée spéciale nouvel an de la CRTV (chaîne de télévision nationale), Njiro (le responsable administratif de l'hôpital) est venu nous chercher, pour nous emmener au Kirdi ( l'un des Bar de la ville), où une fête était organisée, avec une partie des membres de l'hôpital. Pour laquelle une chèvre avait été égorgée. J'ai beaucoup apprécier de les voir en fête et en joie. Nous sommes arrivées au Kirdi vers 00h30 et vers 1h du matin, nous avons vu arriver en grande joie, les femmes qui avaient participé à l'ascension de la colline Baba Simon, qu'avait organisé le Père Bernard à l'occasion de la nouvel année.

Le lendemain matin, comme la tradition le veut, les enfant du village ont fait le tour du quartier pour fêter la bonne année et réclamer les bonbons que les gens avaient prévu pour eux. D'ailleurs tout le monde fait le tour de ces ais pour souhaiter la bonne année.

Les fêtes à Tokombéré pour moi se sont passées dans le simplicité et la bonne humeur.

mardi 20 décembre 2011

Baba Simon

Comment vivre à Tokombéré sans aborder Baba Simon ?

Baba Simon était un prêtre camerounais. Il est né au début du XXème siècle à Edéa, ville du Sud du Cameroun. Il est décédé à Douala en 1975.
Ses parents sont de la religion traditionnelle, les musulmans sont déjà bien implantés dans le pays, mais le début du XXème siècle voit le début de l'évangélisation du Sud-Cameroun, avec l'intervention des prêtres allemand, remplacés après la première guerre mondiale par des prêtres français (pour rappel suite à la défaite de l'empire prussien, le Cameroun initialement colonie allemande devient un protectorat franco-anglais, ce qui explique la double langue nationale actuellement).

Mpeke, car c'est son vrai nom, va à l'école des prêtres de la mission, ce qui l'amène à la sortie de l'adolescence à se faire baptiser, moment où il recevra son prénom catholique « Simon ». Puis il devient instituteur dans les écoles de la mission, jusqu'au jour où l'évêque de Yaoundé décide d'ouvrir un séminaire, afin de former un contingent de prêtres indigènes. Ainsi Simon Mpeke fait parti de la première promotion de prêtres indigènes du Cameroun (il en existait déjà au Sénégal).


Après avoir travailler dans sa paroisse d'origine, le Père Simon est affecté dans le quartier de New-Bell à Douala, où il restera de nombreuses années à vivre au quotidien avec les populations et à mener ainsi son action d'évangélisation.

A la suite, d'un voyage en France, qui a abouti à son entrée dans les petits frères de Jésus et au voyage de l'évêque de Douala dans le Nord du Cameroun, Simon Mpeke décide de se rendre dans l'extrême nord du Cameroun pour évangéliser les populations Kirdi.


C'est donc en 1959, que Simon Mpeke, alors âgé d'environ 50 ans, devenu Baba Simon arrive à Mayo-Ouldémé (dans la région du Mayo-Sava) et rejoint rapidement Tokombéré peu de temps après, qui a une place centrale entre différentes ethnies de la région.

A cette époque, les musulmans dominent la région. Ils sont en général peuls et détiennent de grands troupeaux ou exploitations, les Kirdi sont leurs vassaux.
Les Kirdi sont les habitants originaires de la région (au contraire des Peuls, qui d'origine nomade, se sont installés dans la région par la force). Kirdi signifie païens, c'est à dire dans ce contexte, croyant animiste (de la religion traditionnelle). Ils vivent en ethnie, chacun sur leur montagne. On retrouve encore chaque ethnie aujourd'hui, mais ils sont mélangés et vivent ensemble, en partie grâce à Baba Simon. Il sont Mouyang, Madda, Zoulogo, Moloko, Mandara...

Ils se font la guerre, sur la plaine au centre de leurs montagnes : Tokombéré : littéralement la lieu du combat. Pour autant les mariages intra-ethnie sont mal vus, les hommes prennent donc des femmes des autres ethnies. Les enfants appartiennent à l'ethnie de leur père, ce qui est encore le cas aujourd'hui.

Quand Baba Simon est arrivé à Tokombéré, il veut évangéliser les Kirdi, leur apporter la parole de Dieu. Quel n'est pas sa surprise quand il comprend que les Kirdi connaissent Dieu depuis bien longtemps, que les grands prêtres traditionnels conversent avec Lui de temps en temps. Ils savent qu'il est le créateur de tout sur cette Terre et vivent une relation très étroite avec Lui dans le quotidien. C'est bien le même Dieu pour tous : Mouyang, Madda, Zoulgo... Seuls les rites diffèrent. Dans l'ensemble les rituels sont des sacrifices, comme le sacrifice de la chèvre, du bœuf ou du poussin. Chaque rituel à des codes précis et des dates précises. Ainsi quand Baba Simon vient leur parler de Dieu (après avoir passé beaucoup de temps avec eux), les Kirdi leurs répondent que bien sûr, tout ce qu'il leur dit ils le savent déjà. Qu'il ne leur apprend rien. Alors Baba Simon pense que sa mission n'a pas de fondement, mais une chose l'interpelle, et Jésus dans tout ça, où se place t-il ?

Voici ce qu'a apporté Baba Simon : l'idée que chaque homme est le fils de Dieu. Les Kirdi savent que Dieu est leur Père, mais ils n'ont pas compris la conséquence directe, à savoir qu'ils sont les fils de Dieu et que des devoirs en découlent. Par exemple si ils sont les fils de Dieu, alors ils sont frères entre eux, chaque être humain qu'ils soient Mouyang, Zoulgo ou Madda est fils de Dieu. Or on ne fait pas la guerre à son frère, on ne lui jette pas des sorts. S'amorce alors la fin des guerres ethniques, je dis s'amorce car les dernières dates environs de 1990, m'a-t-on dit.

Autre conséquence, la prise en charge de soi. Si on est le fils de Dieu, on doit faire en sorte d'être digne de son héritage et de travailler de telle sorte à faire pérenniser son héritage, d'où la promotion humaine : la projet santé, le projet agricole, le projet éducation, le projet jeune, le projet féminin. Comme j'ai dit précédemment les Kirdi sont les vassaux des musulmans, en raison de cette place sociale, ils ont en quelque sorte perdu leur dignité humaine, Baba Simon s'applique à leur rendre.

Grâce à sa doctrine « l'école est une clé de la vie », Baba Simon concrétise l'une des premières marche de la promotion humaine, avec la création d'une école, qui commence au pied d'un arbre à même le sol, pour aboutir aujourd'hui à l'école St Joseph, dont j'ai déjà parlé précédemment. Environ 20 ans après la mort de Baba Simon, ses successeurs continueront son œuvre, avec l'ouverture à proximité de Tokombéré, d'un collège Baba Simon. Collège général et rural, qui a pour but d'accompagner les enfants pour acquérir des bases sur lesquelles s'appuyer pour débuter leur vie dans l'environnement qui les entoure.

En parallèle de l'arrivée de Baba Simon à Tokombéré, le docteur Maggi (médecin suisse), qui a déjà ouvert des hôpitaux dans le nord-cameroun, décide d'installer son nouveau projet de santé à Tokombéré. Ainsi appuyé par Baba Simon, il commence ces premières consultations dans une case et petit à petit l'hôpital s'agrandit, pour devenir celui que nous connaissons aujourd'hui « hôpital privée catholique et de district ».

Baba Simon tombe malade en 1974, au commencement il est soigné à Tokombéré, puis après un séjour dans les hôpitaux français, il finit par s'éteindre au début de l'année 1975 à Douala. Son corps est ramené dans son village natal, près de Edéa où il est enterré.
Son œuvre perdure aujourd'hui, grâce en autre à l'un de ses successeurs, le Père Aurenche. Médecin et prêtre, il arrive à Tokombéré quelques semaines après le décès de Baba Simon et reprend la tête de l'hôpital et plus globalement le projet de promotion humaine, pour les faire grandir et leur donner la vigueur qu'ils ont aujourd'hui.

La population de Tokombéré est de la région du Mayo-sava reste imprégnée de l'aura de Baba Simon. Ses descendants ont d'ailleurs entamé des démarches, en vue de le faire canoniser et souhaite que son corps soit transférer à Tokombéré pour qu'il y soit enterré, probablement sur la colline où il aimait tant se retirer pour prier. La colline qui porte actuellement son nom, au centre de Tokombéré, point de vue du l'ensemble des montagnes environnantes et sur le village lui-même. Elle accueille en ces hauteurs une aire prière et conserve la case, dans laquelle Baba Simon passait des heures à méditer.








(j'ai tiré toute cette biographie du livre de Grégoire Cador "On l'appelait Baba Simon", toutes mes excuses si ma mémoire m'a fait défaut sur certaines dates)